Le Château dans le film “Le Château Ambulant”
Elément à part entière dans le film, cet imposant château appartenant au sorcier Hauru, à la fois lieu de vie et personnage effrayant est composé de ferraille, de tôles froissées de métaux issus de déchets d’usines, de passerelles et d’une gueule béante qui crache la vapeur tel un monstre de la modernité.
Peu décrit dans le roman, l’interprétation de Miyazaki rappelle les créations de Jean Tinguely, sculpteur suisse du XXème siècle ou même encore les sculptures compressées de l’artiste César. Le moteur animé par la petite flamme Calcifer permet de le mettre en mouvement.
Jean Tinguely renforçait l’animation de ses assemblages grâce à la musique, l’eau ou même la peinture et y ajoutait des mâchoires ou crânes d’animaux donnant à ses œuvres un aspect d’autant plus menaçant.
A sa façon, Miyazaki cherche à animer son château, il doit manifester un caractère à la fois sympathique, attachant mais surtout effrayer les hommes.
Les graphistes concrétiseront cette ambition technique complexe en mélangeant le 2D et le 3D non pas cette fois-ci pour un personnage animé, contrairement aux habitudes mais pour un objet de décor et s’inspireront du travail d’animation effectué sur l’oomu dans le film Nausicaä. Ils pourront ainsi ajouteront à la machine des déformations & transmutations tout en l’animant de l’avant à l’arrière. Afin de concevoir au mieux cette machine ambulante, ils dessineront tout d’abord une ébauche suivie d’un dessin plus précis colorisé par la suite, une fois scanné, le dessin sera ensuite découpé en plusieurs petits morceaux (adobe photoshop), plus les morceaux seront petits, plus le mouvement & la texture seront précises. 
Les graphistes élargiront ensuite les contours des morceaux afin de les superposer les uns sur les autres masquant ainsi les jonctions entre les fragments. Le logiciel Softimage assemblera les parties sur un polygone de base, tout en veillant à leur ordre de superposition. Le monstre ainsi se construit & prend vie.
Tel un sac de randonneur sur lequel sont accrochés un grand nombre d’ustensiles, le château s’anime faisant bouger l’ensemble des morceaux qui s’accumulent autour de la charpente principale avec un léger décalage. L’ensemble du bâtiment asymétrique s’agite, les pièces de métal s’entrechoquent les unes aux autres de façon assourdissante le tout orchestré par les ronflements de la vapeur qui se dégage de la gueule de la machine.
Cet enchevêtrement de métaux rouillés finalement très bien colmatés effraie dès le début du film dans ces paysages champêtres obscurs, la bête s’agite dans les ténèbres qui peu à peu se dissipent. Le spectateur découvre alors une nature bucolique, lumineusse & douce, mettant en valeur montagnes & vallées, contrastant davantage avec le caractère industriel & pollueur de la machine. Peu à peu, Sophie arrive à apprivoiser l’animal, à l’aimer dans sa laideur, le tout symbolisé par cette image du linge suspendu tout autour de la machine lors du grand ménage. La bête se repose, s’adoucit, sa gueule ne crache plus de fumée (cf images).
Enfin ne manquait plus dés sa conception dans l’apparence du château que la création des pattes. le mystère restait entier, comment faire avancer la bête, les pattes d’oiseau ont été retenues, donnant ainsi plus de légèreté à la machine. dans un premier temps au nombre de six puis de quatre, deux ont été retenues contrastant davantage avec la masse supérieure de la machine et renforçant son aspect volatile. Ce que montre la fin du film puisque l’animal s’est métamorphosé en être volant, le château est devenu une véritable maison familiale où la nature y a repris ses droits. Ces dernières images rappellent d’ailleurs étrangement celles de Laputa, le château dans le ciel.
A la fois monstre technique, oiseau mécanique, château de fer et d’acier, cet être/objet montre qu’avec des matière recyclées, l’œuvre exceptionnelle prend forme. L’industrie & les techniques s’appivoisent elles aussi, elles peuvent montrer bien des surprises . Tels les artistes cités auparavant, les déchets humains délaissées peuvent grâce à la magie d’Hauru ou même celle des hommes incarnée sous les traits de Sophie, recréer une forme nouvelle & retrouver une fonction comme tente de le montre Miyazaki, fabuliste écolo.



































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